Dites les mecs, juste une question comme ça : z’auriez pas croisé la contre-culture à Metz ??
Non parce que moi, y a pas si longtemps je la croisais toutes les semaines la contre-culture, et puis depuis quelques temps, silence radio, plus rien, que dalle, nada, tchipète, elle a comme qui dirait disparu c’te quiche. Ouais, disparu vous dis-je.
Y a encore trois ou quatre ans de ça, les concerts à Metz, c’était monnaie courante. Dès le mercredi, tu pouvais facilement écouter du rock alternatif, du punk, de la oï, du rockab ou du garage dans un bar. Tu payais trois euros, tu commandais ta binouze et tu profitais tranquillement de deux ou trois groupes bien undeground. Et c’était fort bien. On ne se posait pas la question de savoir si y avait ou non un truc à voir puisqu’y avait TOUJOURS un truc à voir, toujours un bar disposé à faire jouer des groupes, toujours un peu de punk bourrin, de ska festif ou de garage cradingue à se mettre dans les oreilles. Les petits groupes, même les plus méconnus, n’hésitaient pas à faire de la route pour venir investir un bar de quartier, le public était présent, l’ambiance était chouette, et bref, y avait une culture urbaine et nocturne à Metz.
Et va savoir pourquoi, en l’espace de quelques années, tout s’est barré en couilles.
Ben ouais tu penses…
Quand des patrons de bar sont confrontés à une première fermeture administrative d’un mois pour tapage nocturne, puis à une seconde, tout ça parce que le bourgeois messin qui se targue de vivre en centre-ville n’aime pas bien que dix ou douze gens du peuple parlent et rient fort en fumant une clope devant le bar, ben c’est un peu rude de survivre.
Parce que oui, voilà ce qu’est devenu Metz : une ville fort belle ma foi. Mais juste belle quoi.
Le silence la nuit, c’est beau. Alors on ferme les endroits trop bruyants.
Pis faut dire que la plèbe qui s’entasse sur le trottoir d’un troquet avec une cigarette dans une main et un gobelet de bière dans l’autre, ça fait pas trop rêver, alors on s’efforce d’éradiquer. On menace les bars de fermeture, on dépense une énergie considérable à limiter puis interdire indirectement les concerts, les trottoirs et les rues sont à nouveau vide, vides des rires et des conversations de la nuit, et la Cité peut alors dormir en paix.
Tout n’est plus que beau, bourgeois et aseptisé.
On a supprimé des zones de stationnement gratuit, ça faisait désordre toutes ces voitures de pauvres le long des trottoirs. Maintenant, on ne se déplace plus qu’à pied, c’est beau, c’est écolo, ça plaît aux bobos qui font leur pétanque au pied de la cathédrale en été, et puis on se fout pas mal de savoir si la mère célibataire en chie lorsqu’elle se farcit plus d’un kilomètre à pied entre sa caisse et son deux pièces, avec une poussette et ses deux mômes sous le bras.
Metz, c’est beau. C’est beau et c’est propre.
Les cafés anciennement pleins à craquer où crêteux, tondus et chevelus s’entassait devant la scène lors de vrais bons concerts tentent tant bien que mal de survivre en faisant preuve d’inventivité et en tentant de consoler l’ex-client pogoteur avec des soirée à thèmes ou des activités ludiques. Le bar autrefois tapissé d’affiches de concerts jaunies qui accueillaiet des groupes rock chaque soir de la semaine a cedé sa place à un bar expo fort gentillet où les lecteurs de Télérama aiment disserter autour d’un verre de blanc.
Maintenant, Metz, en plus d’être beau, c’est calme. Et tout le monde il est content.
Non mais y a pas à dire, Metz c’est VRAIMENT une belle ville.
Une ville de gens de bon goût et de bonne compagnie qui aiment les expos, la musique pas trop bruyante, la folk et la chanson à texte. Une ville de gens qui se baladent dans les allées fleuries et sur les places fraîchement pavées avec un pull cachemire autour du cou. Une ville où on boit des blancs secs en terrasse au pied de jolis monuments. Une ville de gens qui aiment par dessus tout les expos chiantes et les ambiances boboïsantes. Une ville de gens qui aiment la musique, oui mais alors pas trop fort hein, et sans sauvages qui bousculent. En somme, une ville qui n’aime peut-être pas tous les gens.
Et alors, les autres ?? Les gens comme moi qui payent des impôts à Metz mais qui aiment bien quand les amplis déversent du garage bien cradingue, quand les punks se bousculent au premier rang, quand les skins ajustent leurs bretelles à un concert de ska (encore faut-il expliquer au commun des mortels que non, les skinhead ne sont pas des nazis), quand les conversations sont plus orientées geekeries que culture de masse bobo, ben on fait quoi ? On se la met sur l’oreille et on rentre sagement chez soi, là où on fait chier personne ?
Moi j’aime pas la musique gentille et aseptisée, j’aime pas les concerts où ça se bouscule pas mais où par contre, chacun a bien pris soin d’amener son CD pour se le faire dédicacer, pis déjà j’aime pas les concerts où le public est assis à une table de café, regardant la scène comme un con, stoïque, public de connards ouais, bande de baltringues qui savent pas rire, qui savent pas vivre. Ah ouais, mais elle est belle la ville de Metz, elle est belle et il y fait bon vivre, l’atmosphère y est si calme et apaisante ! Y a pas un bruit, y a que des gens cultivés (ou faisant semblant de l’être, la plupart du temps) qui font semblant de se passionner pour des vernissages de merde, y a pas de mouvement, pas de trucs marrants, y en a plus que pour le Sacro-Saint centre Pompidou dont la ville s’enorgueillit chaque jour un peu plus, ce foutu centre Pompidou censé donner un souffle nouveau à la ville, censé attirer le riche parisien qui viendra alors dépenser son argent chez les commerçants locaux.
Nan mais j’t'en foutrais des Pompidou !
Metz, c’est triste. c’est d’une tristesse absolue. Et la mairie socialiste, elle nous l’a mise bien profond, moi j’te l’dis. “Faut virer le gros Rausch qu’ils disaient“, trop à droite, trop désuet, faut envoyer chier les bourgeois, faut que ça bouge, faut que ça vive.
Ah mais ouais, v’là comme ça bouge ! Putain ça bouge tellement que j’en ai mal à la tête. Tu veux organiser un truc un peu fun et en guise de réponse, t’as droit qu’à un silence radio. S’agirait pas de détourner l’attention du public du tout puissant centre Pompidou, tu comprends. Metz, une ville de culture où les rares concerts punks sont désormais à 16 € l’entrée, faut de lieux financièrement accessibles, une ville ou la culture a étouffé la contre-culture, littéralement.
Nan mais sérieux, gens, venez à Metz, vous verrez, c’est beau. Y a de belles rues piétonnes entièrement re-pavées, y a des places fleuries à outrance, y a de chouettes monuments, y a des terrasses sympas, tu verras c’est cool. Et la vie nocturne à Metz, tu verras c’est fendard. A dix heures et demi, un suppo et au dodo, tout le monde rentre dans sa guitoune regarder la fin de l’émission de Ruquier. Parce qu’y a rien d’autre à foutre vois-tu. Nan mais sérieux, viens à Metz, tu vas aimer !
Cet article n’est évidemment pas sponsorisé par l’association des commerçants de Metz (d’ailleurs je vais peut-être me faire lyncher publiquement par les autres commerçants). Mais il est encouragé par l’association CUMFS (Commerçants Underground de Metz qui Fuckent the System) alias le comité de résistance messin en faveur des contre-cultures, du rock’n'roll et des meufs à poil (ça je l’ai ajouté uniquement pour faire plus racoleur).
En attendant, on se console en allant boire des bières pas fraîches à l’Emile Vache, dernier bastion du rock à Metz, qui organise notamment les soirées Garage Dedans chaque dernier samedi du mois avec la complicité de Garageland. Et on vient se plaindre chez Garageland, parce qu’on aime bien (aujourd’hui, j’ai fait deux ventes - trop d’la merde ouais - mais j’ai entendu les plaintes de huit clients qui estiment que la ville de Metz, c’est pire qu’une ville fantôme et qu’on va finir par se foutre en l’air à force de s’y emmerder) (oui, chez Garageland, je suis vendeuse/psy/bureau des plaintes, c’est trop bien).
Non mais sérieux, Mairie de Metz, si tu m’écoutes, vas-y, sors nous le grand jeu, impressionne nous, joue les grands seigneurs ! Maintenant que t’as claqué 44 millions d’euros dans ton jôôôôli centre Pompidou, je suis sûre qu’en faisant un petit effort, tu peux racler les fonds de tiroir pour nous payer un endroit autogéré par des gens et des asso en faveur de la contre-culture. Allez, steuplé quoi, fais pas ta pute ! Des endroits laissés à l’abandon et qui ne demandent qu’à être réhabilités et gérés par des gens cool, fais pas genre hein, on sait qu’y en a. Des gens plein d’énergie et de créativité prêts à s’investir corps et âme pour relancer les contre-cultures, idem, on en connaît à la pelle (et on en est !). Alors vas-y Mairie de Metz, sors nous le grand jeu, montre nous que t’as des couilles et entends-nous.








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