“Etes-vous prêt pour une fiesta del color ? Un trip visuel sympa du côté ensoleillé de la vie. Une sensation de vacances sous les tropiques ?”
La vérité, quand tu lis les descriptifs sur les boîtes de truffes hallucinogènes, t’as juste l’impression de lire une brochure pour le Club Med. Et moi, autant te dire que dans une ville inconnue, par - 10 °C, avec pour seul réconfort un immonde bonnet péruvien et des gants en polaire, quand j’ai vu “sensations de vacances sous les tropiques“, je me suis dit “oh oui, j’en veux plein !”.
Alors j’en ai mangé, des truffes.
Mais qu’on soit bien d’accord, c’était uniquement pour me réchauffer.
Et ben t’sais quoi…?
Ca m’a même pas réchauffée.
Ca m’a fait que dalle.
Ohlala, j’te sens déçu…
Nan mais ça va hein, chiale pas, je déconne.
Je disais donc que ça m’a rien fait du tout. Pendant une heure.
D’ailleurs ça n’a rien fait non plus à mes potes. Pendant une heure.
Pis bon, au bout d’une heure…
Ben au bout d’une heure, mon pote est revenu des chiottes avec un sourire jusqu’aux oreilles, un peu comme s’il avait croisé Nathalie Portman toute nute dans les latrines. Sauf qu’en fait, s’il était si guilleret, c’était à cause des escaliers : “Hé, t’es pas encore allée aux chiottes ? Rho ben tu devrais ! Tu verrais, y a des escaliers qui sont trop mignons !“.
Nan, tu ne rêves pas, le mec il trouvait que les escaliers étaient mignons.
Alors moi j’ai rigolé et j’ai dit “Ah ben bravo les champis hein !“, et j’ai transporté à mon tour mon corps sain sur lequel les substances hallucinogènes n’ont aucun effet, jusqu’aux toilettes. Et j’ai monté les fameux escaliers qui, soient dit en passant, n’étaient absolument pas mignons, juste casse gueule.
Pis bon, j’ai fait pipi, j’ai fait popo (non, pas popo) (jamais dans les WC publics, je peux pas, ça me bloque) et en sortant, je me suis lavée les mains, et là c’est le drame… :
là, j’ai fait copine avec l’eau du robinet.
Car l’eau, figure-toi, je l’ai trouvée trop rigolote. Ouais, marrante à mort la flotte !! J’arrêtais pas de me laver les mains tellement je la trouvais géniale, et je disais même “ooooooh !” à voix haute en la regardant couler sur mes mains. Parce que faut savoir que l’eau rigolote, elle coule pas comme l’eau normale, elle coule mieux, elle est plus douce, elle est plus sympathique. Limite t’as envie de lui serrer la main à l’eau, tellement elle est cool. (D’ailleurs j’ai essayé de lui serrer la main.) ( Et j’ai réussi !)
Alors après m’être lavé les mains 28 fois avec l’eau rigolote, je suis redescendue dans le pub. Et c’est là que j’ai constaté à quel point les escaliers étaient effectivement mignons !!
Quand je suis arrivée près du bar, y avait Gillou toujours pas remis des escaliers trop mignons, et maintenant y avait moi qui n’en revenait pas de l’eau rigolote. S’en est suivi une conversation parfaitement surréaliste sur ledit escalier :
“En fait, emprunter cet escalier, c’est un peu comme traverser le ventre du monde !
- Exactement. C’est une sorte de “passage”.
- Ouais. De passage hors du temps.
- Vers une dimension parallèle.
- Ouais. C’est ça.”
On a même trouvé une explication à nos nouvelles fixettes : si je restais bloquée sur l’eau du robinet, c’est uniquement parce que je suis obsédée par l’hygiène et par le fait de ma laver. Et Gillou, s’il a bloqué sur les escaliers, c’est parce qu’il a bossé dans le bâtiment. C’est fou hein, même sous l’effet des truffes, tu cherches encore à expliquer l’inexplicable, à justifier les trucs les plus irrationnels…
Et bon, à partir de là, laisse-moi te dire que ma seule préoccupation du moment était de rentrer à l’hôtel. Pas pour dormir, ni pour faire l’amour, mais uniquement pour pouvoir profiter sans limite de la salle de bains en faisant couler à flots l’eau rigolote d’Amsterdam. Et pendant que Gillou et moi on rigolait, et que Manu et Ouin Ouin claquaient toute leur monnaie sur une machine à sous dont ils n’ont toujours pas pigé le fonctionnement à l’heure qu’il est, Gillou a commencé à me faire flipper :
“Le problème avec les champis, c’est que tu sais jamais trop jusqu’où ça va t’emmener. Regarde, toi par exemple, qui parle tout le temps de zombies, ben p’tetr que tu vas te mettre à voir des zombies partout…”
J’ai ri jaune. Et j’ai commencé à regarder autour de moi et à trouver les gens bizarres. Y a une fille qui est passée dans la rue, ben limite elle m’a donnée l’impression d’être la frangine des consanguins irradiés de la Colline a des yeux tellement je l’ai trouvée bizarre. Et les gens du bar, ben subitement, eux aussi je les ai trouvés zarbi. Ils dansaient trop près et trop serrés et la barmaid me regardait de travers, aussi en ai-je conclu qu’y avait peut-être bien une backroom sordide qui abritait les activités de la mafia russe ou dans laquelle les clients se livraient à des partouzes sado-masochistes. Et d’un coup d’un seul, alors que deux minutes plus tôt, j’avais envie de faire des bisous à l’eau rigolote, j’ai dit aux gars qu’on devait se barrer fissa, qu’ici ça craignait trop, et qu’il fallait qu’on trouve un nouveau point d’eau plus sûr.
Alors on s’est barré. Et sache qu’au passage, en mettant mon bonnet, j’ai trouvé un truc encore plus génial que l’eau rigolote : mes cheveux étaient trooooop doux du côté gauche !! Ouais ouais, du côté gauche uniquement. J’arrêtais pas de dire “Hé les gars, touchez voir mes cheveux, ils sont trop doux du côté gauche !“. Et évidemment, mes potes tout champignonnés touchaient et s’extasiaient plus ou moins sur mes cheveux effectivement trop doux du côté gauche. Nan mais t’imagines si les truffes m’avaient donné l’impression d’avoir les poils de cul trop doux et que j’avais demandé à tous mes potes de toucher pour voir ? Ben ça aurait pu aller loin cette histoire (et on n’aurait jamais plus été les mêmes après cette expérience)…
Mes cheveux doux du côté gauche et moi, on est donc sorti visiter Amsterdam “du côté ensoleillé de la vie“. Sans plan, sans aucun repère ni rien, rien qu’en suivant les pavés tout doux. Car oui, sache le, le pavé est fort doux à Amsterdam. Surtout les grosses dalles bien lisses qui bordent les trottoirs, celles-là elles font des guilis dans les chaussures et elles caressent tes talons. Te marre pas, c’est la vérité vraie.
Y avait donc :
- Ouin Ouin qui voulait rentrer à l’hôtel parce qu’il aimait pas bien qu’on se perde dans une ville inconnue par - 15 degrés
- Manu qui chialait de rire et qui appelait tout son répertoire pour raconter comment que c’était cool la vie à Amsterdam
- Gillou zen et guilleret (ce mec, ça se sent qu’il fait de la méditation…)
- Moi qui marchais sur le pavé en poussant des “ooooh !” et des “whaaou !” à chaque pas, en tentant d’expliquer aux autres la marche à suivre pour ressentir les guilis dans les talons (”Faut pas marcher sur les petits pavés, avec les petits pavés, ça marche pas. Y a que les grandes dalles qui t’envoient des guilis dans les chaussures. Et la vérité, elles sont trop douces !”)
Et cette fine équipe continuait à avancer dans les rues, sans aucun point de repère, finissant par arriver dans le fameux quartier rouge alias le quartier où c’est qu’y a des putes en vitrine et des photos de trucs porno un peu partout.
Ben t’sais quoi, sous truffes, le quartier rouge, ce fut pour moi semblable à Disneyland Paris. J’arrêtais pas de m’arrêter devant les vitrines pour dire à Manu : “Regarde comme elles sont beeeelles les filles ! Elles sont gracieuses ! Elles sont tellement… tellement mignonnes quoi ! De toute beauté !”. Dis-toi bien que j’étais à deux doigts de les trouver très distinguées.
Pour situer, il s’agissait bien évidemment de putes néerlandaises dans toute leur splendeur à savoir : tout juste pubères et déjà défigurées par le collagène, les seins tellement siliconés que limite t’as peur que ça t’éclate à la tête si jamais t’y touches, cramées aux UV, cheveux décolorés au taquet et tout ce qu’on fait de pire en matière de mauvais goût à Bimboland. Ben moi, je trouvais ce spectacle fort charmant et les donzelles très belles.
D’ailleurs, je trouvais tout cela tellement beau et tellement chouette (car pendant que je regardais les filles de touteuh bôôté, le pavé continuait à me faire des guilis dans les pieds) que je n’étais pas en état de subir la moindre contrariété ni de voir quelqu’un interrompre mon voyage au pays de Candy.
C’est pourtant ce qui arriva. Appelons ça “la redescente sous champi” ou comment mes potes m’ont pété mon groove en montrant les putes du doigt et en m’obligeant à rompre avec le pavé.
Déjà, Manu il arrêtait pas de téléphoner à son pote en chialant de rire et en montrant les vitrines du doigt, genre “Woh putain, c’est complètement délirant ici, y a des putes de partout, elle te font coucou en vitrine !!“.
Non mais tu le crois ça ?! Montrer du doigt et traiter de putes des créatures divines à la beauté inouïe ?? Non mais comment j’aurais pu tolérer ça, moi qui était de plus en plus ancrée du côté ensoleillé de la vie ?!
Alors j’ai commencé à chialer. Parce que je trouvais ça super irrespectueux pour les putes de les montrer du doigt et de se moquer d’elles. Et à partir de là, dis-toi bien que j’ai chialé par intermittences pendant près de deux heures (peut-être même trois), ce qui était assez relou pour le reste du groupe.
En même temps, la descente collective aidant, on a fini par tous se prendre la tête, ce qui n’a pas aidé à calmer mes torrents de larmes. J’ai chialé parce qu’on a changé de rue et que ça a pété mon groove vu qu’y avait plus de pavés tout doux, j’ai chialé parce que j’avais le sentiment d’avoir vécu une rupture à quatre (faut pas chercher), j’ai chialé parce que Manu me faisait chier à vouloir aller au coffee, j’ai chialé parce que j’avais froid, j’ai chialé parce que je voulais rentrer prendre une douche avant que l’eau ne cesse d’être rigolote, j’ai chialé parce que j’avais peur de rester sous champi toute ma vie et puis surtout, j’ai chialé parce que les autres n’arrivaient pas à rester de ce putain de côté ensoleillé de la vie.
Eh ouais, c’est un peu parti en sucette cette affaire de truffes. Déjà parce que sous truffes, Manu et moi on s’aimait plus. Enfin surtout moi quoi. je le regardais et j’avais juste envie de lui péter la gueule en faisant une fixette sur sa coupe de cheveux. Le truc de con ouais, carrément surréaliste : j’aimais pas ses cheveux et je voyais que ça. Ah ouais, marre-toi va, mais dis-toi que ça a duré un bon moment et que j’étais pas loin de lui sauter à la gorge tellement je l’aimais pas. Ceci dit, rassure-toi mon petit Manu, maintenant je te re-aime hein ! Et ce, jusqu’à la prochaine prise de champis la fin de ma vie.
Après, je sais plus trop. Enfin si, je sais, mais c’est rudement confus. J’ai continué à alterner crises de larmes et expériences quasi oniriques avec le doux pavé, j’ai aussi eu des envies de vomir qui duraient environ 26 secondes mais qui à chaque fois me donnaient l’impression que j’allais crever sur place, j’ai contemplé la ville de nuit en me disant que ça ressemblait à un décor de cinéma en carton-pâte mais à part ça, ça s’est bien passé !
On a même réussi à choper un taxi (et on s’est tous extasié sur la douceur des sièges en cuir, ce qui n’a pas eu l’air d’effrayer le chauffeur), on a retrouvé notre hôtel (pour la plus grande joie de Ouin Ouin qui en avait fait son Saint Graal), on a croisé un type bizarre qui ressemblait à Gargamel et qui s’amusait à nous frôler avec un sourire bizarre, et on est finalement retournés dans notre piaule, sains et saufs.
J’ai pas eu le courage de prendre une douche avec l’eau rigolote, mais j’ai eu tout le loisir de profiter des derniers effets Kiss Kool bien cool :
“Hé les gars, hé les gars ! Regardez, vous trouvez pas que ma peau elle est vachement… regonflée et rebondie ?!
- Euhhhh, ouais ptetr…
- Mais siiiiii, regardez bien ! On dirait que je viens de subir une injection d’acide hyaluronique, c’est formidable ! Et mes cheveux, j’en reviens pas comme ils sont tout doux, touchez voir…!
- Ben ils sont pas trop doux en fait…
- Oui mais c’est parce que tu touches le côté droit, c’est normal, à droite ça marche pas. Par contre à gauche, ils sont über doux…
- Ah oui, à gauche c’est doux. Et c’est vrai que tes cheveux, ils sont beaux et plein de volumes…
- Grave hein ?! Ils sont tellement…. rebondis !!”
En fait, la vie sous truffes hallucinogènes, c’est un peu comme une interminable pub pour L’Oréal, la grande classe.
Faut dire que cette première et unique expérience des truffes (oui oui, “unique”, je ne compte pas réitérer l’expérience. parce que je suis une fille bien voyez-vous) (le premier qui se marre, je lui pète les genoux) m’avait fortement fatiguée et que j’ai fini par m’écrouler comme une merde sur le lit. D’ailleurs au passage, j’ai cru que j’en finirai jamais de m’enfoncer dans le duvet tellement il était moelleux ce lit, c’était assurément le lit le plus moelleux et le plus confortable que j’ai jamais rencontré. J’ai donc laissé les rouleurs de joints à leur roulage de joints, je les ai laissé épongé les larmes de Manu (qui chialait toujours de rire) avec des kilomètres de papier hygiénique, et je suis allée me pieuter.
Et là, j’ai eu droit à la surprise la plus géniale de ma vie :
“Manuuuuu, viens voir !!! Y a un MATELAS A EAU dans not’ chambre !!”
Manu il est venu et il a constaté à quel point il était cool ce lit avec ce super matelas à eau, et après il est reparti rouler et pleurer et moi je me suis endormie en me disant que les plis des rideaux étaient quand même vachement beaux et chatoyants. Et en flippant un peu aussi parce que quelques heures plus tard, j’avais rendez-vous chez le tatoueur et qu’un tattoo sous champi, ça doit sans doute pas trop le faire.
Et sinon, ben j’ai pas trop mal dormi.
Et le lendemain, ben t’sais quoi ? J’ai vérifié le matelas. C’était pas du tout un matelas à eau.
Ouais je sais, c’est moche hein…
PS : Une information quin intéressera sans doute la Blonde : je confirme que même hors de nos frontières, Ouin Ouin il aime pas les putes.





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