Ralala, c’est Jack Larsen qui va pas être content en lisant ce post. Et pour cause : j’ai toujours pas repris la viande. Lui qui rêvait de m’inviter à son dîner mensuel des amateurs d’andouillette et de tête de veau, il va être drôlement déçu et il va m’en vouloir de venir lui casser les bonbons avec mes histoires de brocolis. Une chance que je boive encore de la bière, sans ça j’aurais chuté à tout jamais dans son estime.
Mais bon c’est un fait, j’ai pas repris la viande.
Et je vais bien.
Même si je fais souvent des cauchemars dans lesquels je me vois me ruer sur des tranches de jambon blanc et les manger par douzaines en me disant “Mais pourquoi est-ce que je fais ça ?! Pas ma faute, c’est plus fort que moi !“. Et te marre pas steuplé, car faut savoir qu’après ce genre de rêve, je me réveille souvent dans tous mes états : 28 ans de régime omnivore, c’est pire que le Viet Nam, ça vous bousille un homme hein…
Ce qu’il y a de marrant quand tu te convertis au végétarisme, c’est les réactions des gens. ‘fin bon, je dis “marrant” parce que je suis sympa hein, en vérité je devrais reformuler et dire “bien relou”. Moi, je pensais connement que ce genre de trucs, ça laissait les gens indifférents. Genre “Ah tiens, tu manges plus de viande ? Soit“, et puis basta. Mais en fait NOOOOOON, au contraire ! Les gens, je me rends compte qu’ils aiment drôlement bien la ramener avec les végétariens ! Limite ils l’ouvrent plus face à un végétarien que face à un couple échangiste à tendance zoophile, comme si être végétarien, c’était le summum de l’anti-conformisme, le vrai truc de ouf réservé aux tarés mentaux.
Alors d’abord, les gens cherchent à comprendre pourquoi tu es végétarien. Là, la première fois, tu te dis “tant mieux ma foi, discutons, argumentons, partageons, ayons un échange constructif“. Sauf que non, en fait je crois que les gens posent cette question un peu par politesse voire par obligation, alrors qu’au fond, ils s’en foutent royalement et qu’ils vont dans tous les cas péter de rire et se foutre de toi. La réplique culte étant : “Ahaha, alors comme ça tu veux changer les choses, sauver la planète ?! Ah mais t’es trop marrante toi !” suivi du mythique “De toute façon ça sert à rien vu qu’y a quasi personne qui adhère à cette démarche“. Et allez savoir pourquoi j’ai toujours envie de crever les yeux à tous ces gens qui me balancent l’argument con de la goutte d’eau dans l’océan…
J’aime bien aussi quand les gens te regardent en disant : “Alors tu ne manges plus de viande parce que t’aimes les animaux, c’est ça ?” avant de crouler de rire. Genre c’est vrai, c’est trop marrant une vache à l’abattoir, trop drôle, LOL de LOL hein. J’aime encore plus quand les gens essayent de me convaincre que les animaux “sont comme des coqs en pâte avant d’arriver à l’abattoir” et pas si maltraités que ça, rapport à la législation qui encadre strictement le truc. Oh oui tiens, on rêve tous d’une vie de cochon d’élevage, choyé, dorloté, absolument pas malmenés, et puis finalement dégommés mais paraît que ça fait même pas mal, alors bon…! J’aime aussi les vannes à deux balles du genre “Si Dieu avait voulu qu’on ne mange pas les animaux, ils ne les aurait pas faits aussi bons, HAHAHAHA !”. Je me gausse. Trop marrant. Non en fait tu penses bien, je me gausse pas tant que ça mais j’ai pas mal envie de pleurer. Car je viens de me rendre compte de ce truc de fou : à notre époque, avoir de la compassion pour un être vivant, se préoccuper de la maltraitance animale, c’est une sorte de faiblesse, un truc quasi impensable. Et j’te jure que c’est un fait.
Donc là, au choix, soit t’as un tempérament un peu défaitiste et t’aimes pas trop qu’on se foute de ta gueule, auquel cas tu t’écrases et tu vas prendre un toast au pâté pour te faire oublier, soit t’emmerdes le peuple et t’en as rien à secouer qu’on se foute de toi et qu’on te prenne pour une cinglée, auquel cas tu fais un grand sourire faux-derche qui veut dire “Connard va !“.
Parce que bon, tu vois, moi j’attends rien des gens par rapport à cette question. J’attends pas qu’on me dise “Ouaaaaais, félicitations, t’as sauté le pas, t’es végétarienne, ça c’est bien !“. Mais ce que j’aimerais bien, c’est qu’on ne se sente pas obligé de faire de l’humour de beauf sur ce point ou de se lancer dans des argumentations sans queue ni tête pour essayer de démonter le truc.
- D’abord, il y a les gens qui voient le végétarisme comme une sorte de coquetterie, un truc parfaitement inutile auquel on adhère pour se la péter un peu et faire parler de soi, un effet de mode qui passera, comme tout le reste. Ces gens là s’emploient donc à essayer de te démontrer l’inefficacité et l’inutilité d’une telle démarche, te faisant volontiers passer pour un gros con doublé d’un masochiste qui aime bien s’infliger des privations inutiles :
“Ca sert à quoi que t’arrêtes la viande sachant que la plupart des gens en bouffent ?! Ben réponse : ça sert à rien !! T’es en train de te priver pour que dalle” >> Sauf non, il ne faudrait pas que TOUT LE MONDE s’y mette pour que les répercusions soient significatives. Pis même sans ça, je kiffe ce raisonnement de con tiens. C’est comme si on vidait tous notre huile de vidange dans les ruisseaux en se disant qu’après tout, vu le taux de pollution mondiale, on n’est pas à ça près. Ou comme si on se mettait à considérer que vu la proportion de cons dans la population, ça sert à rien de faire preuve de bon sens et de s’efforcer de relever le niveau : autant se rabaisser au niveau des cons tiens, ce sera moins fatigant, pour sûr !
“A quoi ça sert que tu te prives quand on pense aux quantités de viande qui sont jetées tous les jours ! Autant que ça finisse dans ton gosier que dans une poubelle !” >> Ah oui tiens, j’y avais pas pensé. C’est pour ça que je vais me mettre à sniffer toute la cocaïne que je trouverais, parce que ce serait quand même con de la laisser finir dans la poubelle des stup hein. Halte au gaspillage, diantre !
Et puis y a évidemment ceux qui te sortent cet argument que j’adooooooooore, le meilleur argument du monde à mon sens : le cri de la carotte. “Tu ne manges pas de viande car tu es contre la souffrance animale, c’est ça ? Mais alors, qu’est-ce qui te fait dire que la carotte, elle ne souffre pas quand on l’arrache du sol ?! Hein ?!! Après tout, qui peut savoir ?” >> Ben écoute, j’aurais tendance à dire que ‘nayant pas de système nerveux, elle risque pas bien de souffrir mais maintenant, si ça te branche de t’intéresser à la question de la souffrance et du ressenti chez les carottes, fais-toi plaisir hein.
- Y a aussi les gens qui pensent que régime végétarien = régime amaigrissant. Voilà comment je m’en suis pris plein la gueule gratos, d’une part par les gens (comme ma grand-mère) qui pensent que je vais tout simplement en mourir, et d’autre part par ceux qui se sont subitement mis à me considérer comme une anorexique ayant de graves troubles du comportement alimentaire. Rassurez-vous les gars, je ne me fais pas gerber à chaque fois que je mange du chocolat (auquel cas je passerais ma vie à gerber) et je ne fais pas non plus le décompte du nombre de calories que j’ingère quotidiennement. Donc les remarques du genre : “Tiens, madame est végétarienne ! Tu veux perdre un os, c’est ça ?“, vous savez où vous pouvez vous les carrer hein (réponse végétarienne : dans l’oignon, bien sûr !).
- Il y a ceux qui considèrent que ne plus manger de viande revient à ne plus rien manger. Et ces gens-là imaginent les végétariens comme des gens tristounets et drôlement frustrés qui mangent du concombre, des pommes et des graines de courge toute l’année. Ces gens-là excluent donc toute notion de cuisine végétarienne et se jurent de ne jamais venir bouffer chez toi, quoi qu’il arrive, des fois que tu leur fasse l’affront de leur servir de la salade verte en entrée, en plat et en dessert (en même temps ça tombe bien, tu comptais pas les inviter). le jour où tu te pointes avec un gâteau au chocolat qui claque sa chatte, tout le monde te regarde en demandant : “Mais t’étais pas végétarienne ?“, comme si en dehors de la laitue, t’étais pas autorisé à manger quoi que ce soit.
Le summum, c’est au restaurant. Quand le serveur vient prendre ta commande et que t’as le malheur de demander “juste des légumes” ou “rien que des pommes de terre“, le mec te regarde comme si t’allais chez le coiffeur pour te faire couper un demi millimètre de longueur. Genre : “mais à quoi ça te sert d’être là si tu bouffes même pas de Charolais ?!!”. T’as beau la jouer cool et discrète, ne pas trop la ramener, te contenter de commander ton assiette paysanne sans charcuterie, immanquablement, il faut qu’un serveur de regarde de travers en se demandant quel peut bien être ton problème pour que tu commandes ton plat du jour sans viande. Faut croire que ne pas consommer de viande au restau, c’est sacrilège.
En fait en résumé, quand t’es végétarien, t’as l’impression de faire chier tout le monde. Alors que tu demandes rien à personne hein, tu te drive tranquillement, tu t’organises dans ton coin, tu t’adaptes sans rechigner mais malgré tout, ben ça dérange. Les gens cherchent forcément la bizzarerie qui finira par expliquer ce choix saugrenu et concrètement, se mettent à te considérer comme quelqu’un de pas drôle et d’un peu trop bien pensant. J’te jure. Limite tu te fais moins remarqué quand t’es un gros drogué que quand tu décides d’arrêter de bouffer de la viande. Le fumeur de joint, il peut fumer son joint dans son coin sans que personne ne lui fasse un topos sur l’absurdité de ce choix et les répercusions sur la santé. Alors que le végétarien, s’il a le malheur de refuser des saucisses cocktail à l’apéro, direct on lui fait des blagues en le traitant de relou avant de s’aventurer dans des interrogatoires de merde sur le pourquoi de la chose et dans des hypthèses débiles sur les conséquences sur la santé (en vérité je vous le dis, non, on ne meurt pas d’une carence en viande).
Dans les repas de famille par exemple, t’as pas idée de ce que ça peut donner. J’y ai eu droit hier tiens : d’abord, ma mère qui gentiment, me demande ce que je vais bien pouvoir manger et qui ajoute que je suis “pas facile à nourrir“, comme si en dehors de la viande, y avait absolument que dalle à se mettre sous la dent. Puis le frère qui m’accueille par un chaleureux “Salut la bouffeuse de graine” et qui me demande “T’es sûre que c’est vegan ça ??” à chaque fois que je prends un truc sur la table. Et puis le summum, le top du top, mon père (en même temps, tu t’y attendais, avoue hein ?!). mon père qui croit fermement que j’ai adhéré à une secte et qui m’insulte littéralement pour la simple raison que je lui pourris son groove de mangeur de viande. Vois-tu, le fait que je n’ai pas de viande dans mon assiette, ça l’empêche de savourer le sanglier qu’il a dans son assiette à lui. Il trouve le contenu de mon assiette tellement triste que ça lui coupe l’appétit à ce pauvre homme. Et mon père, en tant qu’homme des cavernes version 2010, il aime pas bien qu’on vienne perturber sa bonne humeur quand il fait bombance, aussi ai-je eu droit à un florilège d’insultes ponctué par cette phrase : “Tu nous fais chier ! tu nous fais chier avec tes tatouages, avec ton rock’n'roll de merde, avec tes putains de légumes, t’as qu’à retourner dans ta secte avec tes espèces de sales punks drogués, tu nous fais chier et je vais te déshériter !“. Merci papa, moi aussi je t’aime.
Bref, les végétariens, c’est des bizarres, un point c’est tout. Ben en même temps, si tu savais comme je m’en bats l’oeil vu que dans l’ensemble, j’ai pas eu besoin d’arrêter la viande pour être considérer comme une personne bizarre et guère fréquentable. En même temps, ce qui me fait un peu de peine, c’est de voir que les gens peinent à s’écraser sur le sujet et en deviennent détestable. A la limite, que quelqu’un me dise “Ah oui je comprends, mais moi perso, arrêter la viande, je pourrais pas“, ben soit. Maintenant qu’on vienne se foutre de ma gueule parce que je m’indigne de la maltraitance animale, je trouve ça un peu limite quand même. J’ai pas sombré dans le militantisme pur et dur, j’essaye même pas de convertir les autres au végétarisme, et malgré tout, je me rends comtpe que le tout petit peu de tranquilité qu’on demande à ce niveau là, ben c’est de trop. Manger de la viande, c’est cool. En avoir rien à secouer de la question de la fourrure, c’est cool aussi (genre je suis trop hype et j’assume). Par contre tourner le dos à la viande, ça pue du cul, c’est tout sauf cool. Le monde à l’envers vous dis-je, parfois je peine à suivre…
Bon, pour info, je vais pas me mettre à parler de végétarisme toutes les semaines sur ce blog, rassurez-vous (et là, Jack ldit : “Ben putain j’aime mieux ça !”). En revanche je vais peut-être bien ressusciter feu mon blog cuisine quand j’aurai le temps. Vomme ça, tout le monde il est content. Pis bon allez, pour conclure en beauté et en parfaite harmonie avec l’ambiance de ce blog, finissons sur la bonne vanne graveleuse à laquelle j’ai régulièrement droit désormais : “Ah bon, tu manges plus de viande ? Mais du coup, tu suces plus non plus ?! Parce que bon, le zguègue, c’est de la viande hein. HAHAHAHAHAHAHA !!!“. Oui lecteur, sache-le, les gens sont parfois très très cons. Life is life hein ! (na-naaaa-na-nana)














Vous avez ouvert vos gueules :