Et donc, après avoir pataugé dans le vomi et après être passée à deux doigts d’une amputation des deux jambes pour cause de nécrose dûe au froid polaire et au port non approprié d’escarpins, je me suis retrouvé devant ça :
…
Non en fait j’ai même pas le courage de poster de photo.
Je te conseille plutôt d’aller voir le site web (au design datant de 1992) de ma fameuse surprise.
Voilà.
Steuplé, ne dis rien.
Manu m’a bel et bien amenée en pseudo croisière sur Le Lorraine, bateau-restaurant de son état, endroit très prisé du troisième âge et des beaufs. Le genre de bateau que kifferaient grave les candidats de L’amour est dans le pré par exemple.
Alors tu penses bien que quand j’ai vu ça, je me suis plantée dans la neige et j’ai refusé de faire un pas de plus. Et j’ai dit à Manu qu’il se mettait le doigt bien profond dans l’oeil s’il croyait que j’allais monter sur son putain de rafiot avec la Bande à Basile. Et je l’ai sommé de me porter jusqu’à la voiture et de me ramener à la maison fissa sans quoi j’allais me mettre à pleurer ou à l’insulter, voire les deux.
Mais Manu il a pris son air de border collie et il m’a dit qu’il avait déjà réservé, payé et que c’était évidemment pas remboursable.
Alors comme j’avais froid et que j’avais envie de lui faire bouffer ses couilles, j’ai consenti à monter sur ce foutu bateau en me disant qu’au moins, on pourrait s’engueuler au chaud.
Et là, j’ai eu envie de mourir.
Car outre le concept déjà follement à chier des croisières fluviales, j’ai vite dû me rendre à l’évidence : cet endroit était bel et bien un condensé de tout ce que je déteste. Oui m’sieurs dames, une sorte de quintessence de tout ce que je conchie et de tout ce qui m’insupporte.
T’as déjà vu un endroit tellement moche que t’en viens à te demander si les gens ont fait exprès de le rendre aussi moche, et si au final, la mocheté des lieux n’était pas une sorte de concept en soi, un trip ultime dans l’expérience du second degré ? Sauf qu’évidemment, c’est rarement une saloperie de concept et que c’est juste moche pour le plaisir d’être moche. Et que, cerise sur le gâteau, la plupart des gens présents trouvent ça trop beau, super cosy, et tellement chatoyant. Moquette orange, nappes en papier premier prix, vaisselle de cantine, et des banquettes en skaï de couleur parfaitement impossible à identifier (entre le rouge moche et le rose immonde).
Et les gens…
J’irais pas jusqu’à dire qu’a priori j’ai rien contre les beaufs hein, parce que faut quand même pas déconner. Et je voudrais pas faire ma parisienne de base (oui, Manu dit que je fais ma “Parisienne de province” dès que ‘jai le malheur de critiquer les beaufs) mais là, j’avais quand même gravement l’impression d’avoir atterri dans une sorte de monde parallèle tellement tout y était surréaliste. C’était un peu comme si tous les gens du site Sexy People s’étaient donné rendez-vous là pour me faire une bonne grosse blague. Y avait même des gens qui avaient préparé leur caméscope pour filmer les canards, j’te jure. Et des filles qui avaient ressorti leur pull Anny Blatt tricoté main en 1983 pour l’occasion. Et le pire dans tout ça, c’est qu’alors que moi j’avais l’impression d’avoir été projetée dans un mauvais épisode de Strip tease ou de Confessions intimes, réfléchissant déjà au moment propice pour choper Manu par les couilles et lui ordonner de me sortir de là, le reste des gens présent avait l’air de trouver l’endroit follement agréable et bourré de romantisme.
“Romantisme mon cul !“, que j’ai dit à Manu en serrant les dents. “On boit l’apéro et on se casse“.
Sauf qu’au moment où j’ai prononcé les mots “on se casse”, j’ai senti que ça tanguait un peu. Comme à bord d’un bateau en train de quitter le port. Car oui, j’étais tellement traumatisée par ce qui était en train de m’arriver que j’en avais oublier ce détail insignifiant : un bateau, ça se déplace sur l’eau. Et une fois que ça se déplace, ça t’emmène plus ou moins loin de la terre ferme et dès lors, macache pour te barrer de là. Ce qui m’a amené à la question fatidique : comment allais-je pouvoir m’enfuir de ce putain de rafiot maintenant ??!!
Prise au piège.
Perdue.
Condamnée à rester jusqu’au dessert à table entre Sabine Paturel et Julie Pietri qui souriaient béatement à leurs mecs en chemise du dimanche et cheveux Petrolhanés pour l’occasion.
J’ai voulu mourir les gars, j’vous jure que j’ai voulu mourir.
Et j’ai demandé à Manu combien de temps son gros gag allait durer avant que je puisse rentrer à la maison faire ma valise m’étouffer sous ma couette en pleurant toutes les larmes de mon corps et en suppliant le ciel de m’expliquer ce que j’avais bien pu faire pour mériter un truc pareil.
Et Manu, qui n’osait plus me regarder dans les yeux de peur que je le foudroie du regard ou que je le maudisse sur plusieurs vies par la simple force de la pensée (oui, je sais faire ça), à juste répondu : “Deux heures“. Et là, j’ai failli casser la carafe contre le rebord du rafiot et lui sauter à la gorge pour lui fendre la jugulaire.
Mais pour pas pourrir l’ambiance, j’ai juste fait violemment la gueule, ce qui est déjà un bon pourrissage d’ambiance en soi. Et pendant que les Sexy People se léchaient la bouche partout autour de nous (n’oublie pas que c’était la Saint Valentin hein) en se regardant amoureusement dans les yeux, je lorgnais mon Valentin en biais en lui demandant en boucle comment il avait pu oser me faire un truc pareil.
Sauf qu’il y a une chose que j’ignorais encore à ce moment précis, et remercions le ciel que je l’aie ignorée jusqu’alors (sans quoi mon couple serait décédé sur le champ) : c’est que ce n’était que le début d’un long, très long calvaire sur la Moselle.
Etant donc à deux doigts de la crise de larmes et du scandale en public, j’ai respiré bien fort en reproduisant ce que m’avaient appris les sage-femmes le jour de mon premier accouchement, parce que ce type de respiration est censé t’aider à gérer la douleur. La VRAIE douleur hein, genre la douleur provoquée, par exemple, pas le spectacle d’une nuée de connards agglutinés contre la vitre du bateau avec leurs caméscopes pour admirer, ô joie, un héron, avant de se rendre compte que finalement nan, c’était pas un héron, juste un gros canard.
Et puis j’ai essayé de relativiser tant bien que mal en retenant mes larmes de rage (oui, sache que je pleure souvent de rage) (c’est soi ça soit balancer les meubles et péter la vaisselle, donc dis-toi que les larmes restent l’option la plus décente) et je me suis dit que j’allais au moins pouvoir me consoler sur la bouffe.
Jeune ignorante que je suis.
Le menu annonçait des “amuse-bouche”. Je te fais un topos des amuse-gueules en question : du pain de main même pas grillé coupé en rectangles et tartiné de pâté de foie bon marché.
Trop bien.
Elle a grave kiffé la végétarienne. D’autant qu’y avait pas d’autre alternative. Et que vu la couleur du pâté de foie, j’ai même eu peur que mon omnivore de futur-ex-mec (que finalement, dans mon infinie miséricorde, je n’ai finalement pas quitté) s’intoxique méchamment.
Donc, vu la gueule de la bouffe, j’en ai très vite conclu que ma seule consolation à bord de ce bateau de l’enfer serait de me mettre minable en buvant jusqu’à plus soif. J’ai donc demandé un verre au serveur qui, à la question “Vous avez quoi comme vins au verre ?”, m’a simplement répondu : “vin blanc, vin rouge et rosé”. WAOUH ! Si ça c’est pas de la carte des vins démentielle !! C’est un peu comme si tu m’amenais une carte des thés proposant, au choix, du Lipton rouge ou du Lipton jaune. Vas-y gars, vends-moi du rêve.
S’en est donc suivi un verre de blanc imbuvable (probablement du vin Lidl en Tetra Pak), un feuilleté de Saint-Jacques auquel je n’ai évidemment pas touché et ressemblant à une immonde sauce en sachet dans laquelle se battaient en duel trois micro noix de Saint Jacques, un tournedos de boeuf se résumant à un gros bout de gras dans une sauce qui pue (et auquel je n’ai pas touché non plus, évidemment) et pour couronner le tout, une pauvre mousse au chocolat pleine de gélatine bazardée sur une crème anglaise toute prête. Ignoble.
Je n’ai donc rien pu manger. Ni boire.
Et cerise sur le gâteau, comme si le carnage culinaire et le carnage décoratif n’avaient pas suffi à rendre l’ambiance insupportable, nous avons eu droit à une bande son du genre de celles qui te poussent au suicide, un medley interminable de chansons d’amour tout droit issues de la variétoche française. On a d’abord eu droit à Gilbert Montagné avec “On va s’aimer“, puis à TOUTES les chansons d’amour de TOUTES les comédies musicales françaises, de Notre Dame de Paris à Roméo et Juliette en passant par les Dix Commandements.
J’ai voulu mourir. Oui, MOURIR.
Mais atteeeeeends, c’est pas tout !
Faut que je te parle du menu de touteuh bôté qu’on avait sur les tables. Parce que oui, maso comme je suis, je l’ai gardé en souvenir comme pour ne jamais oublier cette journée horrible.Le menu, c’était une photocopie A4 avec une boîte de chocolats en forme de coeur en guise d’illustration. Et aussi des coeurs, pleeeeeeein de coeurs moches et de toute les tailles, et des photos de roses. Genre ils ont pas trouvé plus cliché ni plus merdique.
Mais l’élément le plus navrant intéressant de ce fucking menu, c’est quand même la page des citations.
Des citations d’amûûûr évidemment.
Alors tiens-toi bien et mate un peu le genre de citations sélectionnées par l’auteur dudit menu :

Francis Cabrel.
Genre en France on n’a pas assez de bons auteurs ayant écrit de belles choses sur l’amour, on est obligé de se rabattre sur Francis Cabrel.
Mais LOL quoi !!
LOL !!!
Bref, voilà.
Et là, tu crois que c’est la fin de l’histoire.
Sauf que naaaaaaan, tu penses bien !!
Donc, après deux heures trente passées à écouter Michel Delpech et Garou tout en regardant la famille Bidochon photographier les canards, je me suis dit que j’étais presque tirée d’affaire. le seul truc que je trouvais bizarre, c’est que le rafiot n’avait pas encore fait demi-tour. Peut-être envisageait-il un nouvel itinréraire ? peut-être était-il prévu qu’il fasse une sorte de boucle pour regagner le point de départ ?
Que nenni !!
En fait, le trajet, jamais de la vie il était prévu qu’il dure deux heures. Et même si Manu s’obstine à prétendre qu’il avait mal été renseigné et que le site web sur lequel il avait effectué sa réservation indiquait précisément deux heures, je le soupçonne très fortement d’avoir revu la durée du périple à la baisse de peur de me voir me lever et lui retourner ma tartine de pâté de foie dans la ganache.
car en définitive, ça a duré 4 heures.
4 heures.
4 heures.
Ouais désolée mais j’en reviens toujours pas.
Dis toi donc que j’ai officiellement côtoyé l’Enfer pendant 4 saloperies d’heures. Avec aucune possibilité de m’enfuir, évidemment.
Voilà, fin de l’histoire.
Non, en fait la fin de l’histoire c’est que j’ai pas adressé la parole à Manu pendant trois jours et qu’aujourd’hui encore, j’arrive même pas à rire de cette aventure tellement je l’ai eu mauvaise. Les seuls mots que je parvenais à lui adresser c’était “Non mais COMMENT t’as pu OSER me faire subir un truc pareil ?“. D’autant que cette histoire, c’est un peu comme le coup de la bague : si encore ça lui avait coûté que dalle, je passerai l’éponge (non en fait je passerai jamais l’éponge sur un truc aussi foireux) mais naaaaa, là le truc c’est que ce calvaire lui a coûté un rein ! UN REIN te dis-je !
Mais bon, voilà quoi, ceci n’a été qu’une journée ordinaire de plus dans le quotidien d’Eve et Manu.
Et depuis, on se reparle, si si j’te jure.
Et je suis tellement une grande malade que j’ai même accepté de l’épouser entre temps. Et on a prévu d’organiser nos noces à bord du Lorraine et d’inviter Francis Cabrel en guest star. Non ça va je déconne hein.
Sur ce, je te laisse, faut que je file chez mon psy qui me suit depuis le 14 février dernier pour m’aider à gérer le traumatisme engendré par cette virée en enfer.
Et surtout les gars, n’oubliez jamais ceci : “Je t’aimais je t’aime et je t’aimerai”.




























































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